Des personnages à la Raymond Carver, solitaires et fragiles, tendres et violents, repliés sur des secrets trop lourds pour eux et que la vie n'a pas précisément gâtés. Dans chacune des nouvelles de La Taille d'un ange, on sent que tout peut arriver, la violence surgir ou se métamorphoser. Dans cette précarité des sentiments, ce fil du rasoir des réactions humaines, rien n'est jamais joué. Et l'empathie profonde que ressent le lecteur confirme le talent si singulier de Patrice Juiff pour dépeindre les vies ordinaires, leur désarroi, le fil ténu et lumineux de leurs espoirs.
Un recueil de nouvelles étonnantes de maîtrise et d'humanité qui commencent toutes par une phrase choc : " Victor a pris douze ans de taule pour un double viol qu'il n'a pas commis ", " Papa nous tabasse tous les dimanche matin ", " La première fois que j'ai vu ma mère, c'est sur une photo ". On sait d'emblée qu'on est dans le drame familial, sa banalité, son effarante réalité et la suite tient ses promesses. Banlieues, zones pavillonnaires de petites villes, derrière le décor il y a l'irruption du drame qui a éclaté ou qui va éclater : violence ordinaire, père alcoolique, mère impuissante et complice, enfants à la dérive, secrets de famille. Personnages border line issus d'une classe moyenne en plein désarroi, univers qui fait penser à celui de Raymond Carver, pour la recréation hallucinante de vérité et d'émotion de ces gens ordinaires, de leurs sentiments contradictoires où la tendresse et l'amour n'arrivent pas à surmonter la frustration, l'aveuglement et la violence. Des nouvelles magnifiques qui tiennent le lecteur en apnée et dont la noirceur est tempérée par l'empathie toujours présente de l'auteur pour ses personnages, l'attachement qu'il leur porte et qu'il nous communique.