«Souvenez-vous, Havrais, que l'on dira que c'est ici que tout a commencé.» La formule d'André Malraux prononcée lors de l'inauguration du premier musée-maison de la Culture en 1961 résonne doublement. Avec son architecture toute d'acier, de verre et de lumière, l'édifice campé face à la mer se signale aux yeux du monde par une ambition d'ouverture et de modernité. Or c'est cet esprit d'avant-garde qui imposa, au XIXe siècle, la ville même du Havre comme haut lieu de l'impressionnisme. Initiée à Paris, l'aventure impressionniste gagna les côtes de la Manche après avoir suivi le cours de la Seine, via Argenteuil, Bougival, Pontoise, etc. Cette géographie impressionniste dont Le Havre constitue un pôle central, point de départ vers d'autres villes de villégiature (Étretat, Fécamp, Sainte-Adresse, Deauville, Trouville, etc.), s'étendit parallèlement à une prise de distance stylistique et une dispersion du groupe vers d'autres régions comme la Bretagne, la côte d'Azur ou encore Tahiti ou les îles Marquises. C'est ainsi une peinture de l'avant-port du Havre intitulée Impression, soleil levant réalisée en 1872 par Monet qui imposa le nom d'«impressionnisme».
Riches des plus grands noms du pré-impressionnisme, de l'impressionnisme et du post-impressionnisme - Bonnard, Boudin, Cross, Degas, Dufy, Friesz, Monet, Manet, Marquet, Maufra, Moret, Pissarro, Renoir, Sérusier, Sisley, Vallotton, Vuillard, etc. -, les cimaises du musée du Havre offrent la trame d'une histoire particulièrement riche relative à l'accueil de l'art moderne et aux rapports entre artistes et collectionneurs, fruit d'une active politique culturelle de la Ville.