Lovecraft est un homme transparent qui marche au milieu de la foule new-yorkaise. Il s'éloigne. Il n'a jamais été très proche. Lovecraft peut-il se prêter à tout, comme un territoire vierge où d'autres continuent de s'avancer ? L'écrivain de Providence hésite. Il respire comme une falaise. Son visage est lisse, on peut lire au fond de ses yeux une tristesse tranquille. Elle ne lui appartient pas. Elle ne lui a jamais appartenu. Lovecraft est une notion, une destination. Faut-il s'accrocher aux jalons des éléments biographiques ? Dans ce cas le récit n'a pas de bornes. L'homme n'a rien vécu. C'est un futur. Son stoïcisme, ses horreurs tranquilles ont fini par déborder dans quelques haines bien commodes, une cuisson à l'étouffée, parfois un cri. Lovecraft est indéchiffrable, voilà un motif suffisant pour en faire un livre. La figure de son existence reviendra-t-elle réclamer son dû entre ces lignes ? Oh, je ne le crois pas... H. P. Lovecraft est un gentleman. Il ne demande rien.Tout a fini par advenir. L'Innommable s'est liquidé.