Il y a chez Gertrude Stein (1874-1946) une constante propension autobiographique. Son ½uvre entière sentend comme un monologue dramatique ininterrompu, un peu à la manière de Rousseau, mais sans confessions, et plus proche de Nietzsche par le caractère réflexif.
Dans les années qui suivirent LAutobiographie dAlice Toklas (1933), sorte de remarquable « Comment jai écrit de si bons livres », elle écrivit, autour de son unique et triomphal voyage de retour en Amérique, deux textes inclassables : Quatre en Amérique (1934) et LHistoire géographique de lAmérique (1936), à quoi il faut ajouter lextraordinaire roman policier raté quest Du sang sur le sol de la salle à manger (1933). Stein y relance de manière plus ou moins indirecte les enjeux de son identité, littéraire, intime, linguistique. La période se clôt avec LAutobiographie de tout le monde (1937), qui, derrière lannonce dun texte écrit au nom de tous les autres, se révèle théâtre de la reconnaissance et de la disparition de limage de soi.
Cet essai sattache ainsi à un moment, relativement tardif dans l½uvre de Stein, que lon pourrait dire hyper-autobiographique. Pourtant, lautobiographie semble être un genre impossible pour qui, comme elle, ne croit pas à la possibilité de témoigner pour lautre ou pour lhistoire, et recherche une langue hors évènement. Mais cest aussi un genre idéal pour qui, comme elle encore, croit que chaque instant nexiste que sil sécrit, que sil devient littérature.