Après avoir été le confesseur de Jeanne des Anges, se croyant damné, Jean-Joseph Surin perdit l'usage de la parole pendant vingt ans. Maintenir le souvenir de Loudun lui permit de rester non dans la possession mais de tenir vive la parole qui l'en avait libérée. L'énonciation dans la correspondance, portée par l'espoir d'une parole partagée, est le lieu de constitution d'une identité qui fait tenir ensemble ce qui sans elle restait sans cohérence. Ni un exposé de la doctrine de Surin, ni une biographie, l'étude de la correspondance de Surin permet de saisir comment la mystique est un lieu de l'émergence du sujet, un processus d'interprétation textuelle de l'existence marquée de ses contradictions et des obscurités du mal et de la souffrance.