Après avoir connu son printemps, le monde arabe rentre dans une période de différenciation et de fragmentation. Tandis que certains pays ont pu sortir d'un régime autoritaire et s'engager dans un processus démocratique, d'autres ont été incapables de répondre de manière pacifique au mouvement de fond qui a touché l'ensemble des pays.
Mais dans ces mutations, les destins de la Libye et de la Syrie divergent de celui de la Tunisie et de l'Égypte. À cette fragmentation du monde arabe répond d'ailleurs une profonde ambiguité de l'Europe qui doit de son côté repenser la nature de son partenariat avec la rive sud de la Méditerranée.
S'agit-il d'une révolution marquant des ruptures irréversibles comme celles qu'ont connues en leur temps l'Espagne ou le Portugal ? S'agit-il de révoltes qui finiront par être récupérées par les régimes en place au prix d'une très grande violence ou des transitions vers une démocratie purement formelle ? La jeunesse mondialisée aspirant à un mode de vie consumériste et individualiste ainsi que les nouveaux moyens de communication marquent-ils la fin des régimes autoritaires et arbitraires ? L'aspiration à la dignité est-elle devenue la base de toute revendication minimale d'une modernité inscrite dans la globalisation ?