« Jamais je n'écrirai rien d'aussi bon », déclarait André Gide lorsque Jaques Rivière fit paraître cet essai en 1913 dans les pages de la NRF. Dirigé contre le roman naturaliste et le roman d'analyse « à la française », aux personnages et à la psychologie figés, ce manifeste passionné, même s'il va jusqu'à poser en modèle le Monte Cristo d'Alexandre Dumas, n'est pas un plaidoyer pour le roman feuilleton. Mais, comme celui-ci, le « roman nouveau » qu'il appelle de ses voeux, devra avoir pour loi la liberté, l'inattendu. L'auteur se laissera porter par ses personnages et son récit où règne la découverte de « tout ce qu'il y a de prodigieux dans l'univers ». Prophétique, alerte et véhément, cet essai n'a rien perdu de sa fraîcheur, et l'invitation qu'il lance aux écrivains de se mettre « en état d'aventure » demeure aussi actuelle qu'en 1913.