La figure du père est vitale pour l'être humain. Si le père est là pour poser un interdit sur le corps de la mère, son rôle ne se limite pas à cela : il doit également devenir un guide précieux et averti sur le chemin des désirs, un modèle quant à l'amour qu'un homme peut porter à une femme.
Pour que cet accomplissement se produise, il faut qu'un temps le père soit préféré à la mère comme étant celui qui détient le signifiant du phallus. Ce passage, nommé par Lacan « père-version » ou version vers le père, ne peut s'effectuer que si la mère a été dépossédée de ce qu'elle n'a jamais eu, un phallus imaginaire, et si l'enfant a renoncé à venir combler ce manque. Pour franchir cette étape, la mère doit exprimer les sentiments qu'elle éprouve pour le père. Ce transfert assuré, il arrive toutefois que le père ne soit pas à la hauteur de cette haute fonction symbolique. D'où la nécessité de venir l'étayer, la conforter. Les poètes y parviennent et devancent donc, à ce titre, les psychanalystes. Ils nous exposent à travers leurs oeuvres ce qu'est une version vers le père réussie et nous éclairent ainsi sur ce que l'on peut attendre de l'issue d'une analyse.
Prenant appui sur les oeuvres de poètes et écrivains parmi lesquels Rilke, Kafka, Zola et Mallarmé, cet ouvrage analyse les défaillances de la fonction paternelle ainsi que les moyens d'y suppléer. À l'aide de trois fictions littéraires ensuite, La légende de Saint Julien l'Hospitalier de Gustave Flaubert, Les Mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber et Le Roi des Aulnes de Michel Tournier, l'auteur étudie ce que Lacan a appelé les trois modes d'instauration de la fonction paternelle dans la névrose, la psychose et la perversion. Ces approches littéraires éclairent le regard de Lacan sur l'oeuvre de Joyce qu'il a nommé « Joyce-le-symptôme ». Plus que cela, elles permettent de saisir toute la question du malaise de la civilisation aujourd'hui.
Préface de Gérard Haddad Chapitre I Écrits de leur plus belle plume L'art poétique et l'art analytique Ces troubadours de l'inconscient que sont les poètes et les psychanalystes Joyce le héros, Joyce le poète. et « Joyce le symptôme » Chapitre II L'oeuvre poétique de Goethe évoquée par Freud et par Lacan Quand Freud recevait le prix Goethe de littérature Où on découvre les liens de la création poétique et de la création des symptômes. Les souffrances de Goethe et celles du jeune Werther La fonction de l'oeuvre qu'elle soit littéraire ou analytique Quand Lacan, à son tour, s'intéresse à l'oeuvre de Goethe Chapitre III Les naissances d'une oeuvre : Proust, Mallarmé et Rilke « Comme dans les bras d'un père retrouvé ». Les premières pages écrites par le jeune Marcel Proust « Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idumée ! » Douloureux enfantements Avec Rainer Maria Rilke. Lettres à un jeune poète sur la mise au monde d'une oeuvre Chapitre IV Approches littéraires des défaillances de la fonction paternelle et des moyens d'y remédier À partir de la clinique analytique, deux étayages de la fonction du père dans la névrose et dans la psychose Les aléas de la fonction paternelle dans la névrose et dans la perversion La naissance d'Ève. Un même fantasme de grossesse du côté de la névrose et du côté de la perversion Chapitre V L'importance du nom propre et le désir de se faire un nom avec Franz Kafka, Émile Zola et James Joyce Les lettres du père La lignée de la grande famille des Rougon-Macquart L'alphabet du désir inconscient Sur le désir de Joyce de se faire un nom Chapitre VI La version vers le père La légende de Circé : une fiction littéraire de la « version vers le père » Des lectures d'Ulysse, celui de Joyce Les « Écrits inspirés » de Joyce Joyce taquinait-il la muse ? Ou était-il plutôt taquiné, persécuté par elle ?Non, Joyce n'était pas fou La version vers le père, de ces hommes de lettres, Freud, Lacan, Dostoïevski et Joyce En aparté pour ceux qui le souhaitent Le démenti de la castration, dans la névrose et la perversion