Depuis le Don Quichotte de Cervantès, un curieux personnage révolutionnaire apparaît dans la littérature romanesque occidentale : l'idiot. Dostoïevski l'immortalisera dans son célèbre roman sous les traits du prince Mychkine : étranger, solitaire, dyslexique, compatissant, il surprend, dérange et trouble son entourage. Déstabilise l'ordre social.
Pierre Senges écrit un magnifique monologue à la première personne, celui d'un " spécialiste en idiots " qui tente de nous faire comprendre avec humour ces personnages hors du commun. Il évoque les figures romanesques connues du distrait, des victimes comme ceux de Gogol, ou des plus habiles qui dénoncent la machinerie sociale, les rapports de pouvoir ou démontent les rouages de nos institutions. L'idiot raconte le monde qu'il a sous les yeux. Son ultime métamorphose est celle du récitant du monde, à l'image du roi Macbeth avant de mourir.