A la libération, les GI's répandus partout dans Paris n'ont qu'une question à la bouche : " Where is Django ? " Son parcours de musicien l'a essentiellement mené de Pigalle à Saint-Germain-des- Prés, mais certains enregistrements ont permis à sa renommée de franchir l'Atlantique. Sans doute ne manquait-il plus qu'une invitation de Duke Ellington pour le pousser à tenter sa chance au Nouveau Monde.
Pourtant, Django Reinhardt n'a pas le profil d'un "invité". Il se veut rien moins que l'avenir du jazz. Non pas le énième célébrant de cette musique en perpétuel renouvellement. Il admire Duke, mais, au fond, ne se sent-il pas aussi grand que lui ? Ne sont-ils pas comme deux montagnes ? Or les montagnes ne se rencontrent pas.
L'aventure américaine est une telle déception que pendant un certain temps Django abandonne la musique pour se consacrer à la peinture. Mais il refuse de devenir un souvenir. Il rentre en Europe et reprend sa guitare.
Insensiblement est un morceau que Django Reinhardt a enregistré deux fois. La première lors de son séjour aux Etats-Unis. La deuxième en 1953, l'année de sa mort, alors qu'il vit à nouveau en France. Plus inspirée, plus épurée, d'une sublime beauté crépusculaire, cette seconde version est l'oeuvre d'un musicien au sommet de son art. Le parcours de ce morceau est à l'image de celui de l'artiste manouche, toujours là où on ne l'attend pas, même quand il est de retour chez lui.