Au milieu du fleuve existe un territoire que la géographie et l'Histoire ignorent, où nous vivons, isolés, insoumis, marginaux, atteints de folie douce, nous agitant de mouvements incompréhensibles sous les yeux des gens du Continent. Une foule invisible, massée le long des berges, nous observe avec curiosité. Les avortons mal finis, presque humains que nous sommes, s'y déchirent âprement entre deux trêves, divergent infiniment de points de vue et de manières de vivre. Un « écrivant » squatte une petite maison jaune au milieu d'une île de la banlieue parisienne. Sa principale activité est de transcrire ses rêves sur un bureau de fortune. Peu à peu il perd la tête, ne distinguant plus le rêve de la réalité, explorant les gouffres de la mélancolie. A peine rattaché à la société par l'amitié de ses voisins, un couple et une petite fille pour lesquels il éprouve des sentiments excessifs et contradictoires, il subit de plein fouet les agressions du monde extérieur, au point qu'il devra finalement abandonner la partie, et son refuge. Dès la première ligne, le lecteur est entraîné dans le monde intérieur du narrateur, univers sans repères de temps ni d'espace, travaillé par le doute. Coupé de tout dans l'île, coupé de l'île dans son abri, il reste paradoxalement branché sur le monde à travers l'invention de la survie quotidienne et son espoir d'une vie meilleure. Le texte est accompagné de 20 dessins au trait, façon bande dessinée
Depuis toujours le dessin accompagne l'auteur, même dans les moments les plus difficiles d'une vie tourmentée. Adolescent, il voyage avec une bande de gamins et un professeur, croquant sur nature tout ce qui se présente à lui. Assistant aux Beaux-Arts pendant quelques années, il ne se sépare jamais de son carnet à dessin. Puis il s'intéresse aux relations du dessin et de l'écriture. J'entre enfin est son 4e récit publié à la Chambre d'Échos.