Grains : tout fruit ou semence qui ne présente qu'un petit volume, petit corps sphérique, petite parcelle, petite tache sur la peau.
Il n'est pas prévu au dictionnaire que l'on utilise ce terme comme titre de livre ; pourtant c'est le titre idéal pour ce petit recueil de textes. Des grains : ces îles minuscules dans l'océan, des grains : ces petits textes qui ont germé avant de s'épanouir en mots imprimés, des grains : ces notations brèves sur des moments fugitifs d'émotion ou de beauté, des grains : ces petites choses peu encombrantes, mais qui se rappellent à votre souvenir, sable sous la dent du lecteur.
Grains est un titre curieux, comme se doit de l'être le lecteur qui s'aventurera à les ramasser sur les chemins des pages pour entreprendre un voyage dans ces îles de la baie de Galway balayée par des vagues qui arrivent tout droit de l'Amérique.
Grains de pluie.
Jour de pluie. Non pas la tiède pluie d'été des poèmes mièvres, non, une pluie farouche qui ferme son rideau vertical devant l'île, lui cachant le reste du monde.
Délicieuse perspective d'un long après midi parfumé par le feu de tourbe et l'odeur du thé, bien installée dans un fauteuil face à la fenêtre en compagnie d'un bon livre.
Qu'est-ce, me direz-vous, qu'un bon livreoe Il en est de toutes sortes, mais dans les circonstances présentes, il faut pour le trouver prendre le temps d'y penser, fouiller la bibliothèque en caressant ses occupants comme pour les consoler de ne pas être l'élu, faire semblant de rencontrer le volume convoité comme par hasard, au détour d'une étagère, alors que l'on sait pertinemment où il se trouve. Il faut hésiter entre deux ou trois livres.
Marcher.
Marcher, c'est tout un art. En arrivant sur ces îles, il faut le réapprendre. Il faut d'abord oublier le pas précipité de la vie citadine et laborieuse: impossible, au reste, de courir; il s'élève toujours un obstacle, mur ou rocher, pour rappeler qu'ici on prend son temps, on prend le temps de marcher.
Grains de sel.
Sur une île, il faut pouvoir entendre la mer même une fois rentré à la maison. Pas de logement " à l'intérieur des terres ". Pourquoi venir jusqu'ici si c'est pour s'abriter du vent et du bruit de la mer. Bien sotte expression " le bruit de la mer", comment le définirez-vousoe C'est impossible, la mer a " des " bruits.