Ou comment la rencontre d'un truand et d'un chômeur redonne à chacun le goût de la vie. Enfin, la vie. Vingt-deux ans et deux doigts en moins, Bernard est un crétin solaire qui pose sur le monde un doux regard écarquillé. Sans doute est-ce ce qui séduit Simon, le cynique et élégant Simon, « éradicateur de nuisibles » en préretraite, autant dire tueur à gage au bout du rouleau. La rencontre a lieu sur un banc public, dans la ville de Vals-les-Bains, où l'on s'ennuie plus ou moins des deux côtés de la Volane. Or le hasard fait bien les choses : Simon a de l'argent, et Bernard, tout son temps. Il sera son chauffeur pour sa dernière mission. Une histoire de « commerce agréable ». Et de surprises qui le sont un peu moins. L'art épuré de Pascal Garnier est de façade, irrigué en fait d'un souffle narratif déplaçant les petites montagnes que sont chacun de ses personnages, pantins lucides livrés à la banalité cruelle de destins douteux. Son territoire est celui d'une littérature sombre et familière, à la Simenon ou Calet, parcourue d'un humour désenchanté mais roboratif. Il y a toujours la maladie qui rode, la mort aux aguets, la petitesse des possibles, et le modeste miracle des rencontres qui éclaire brièvement le ciel lourd des perdants. Après Les Hauts du bas et Flux, on retrouve dans Comment va la douleur ? la façon si singulière, si subtilement simple et si authentiquement envoûtante de l'auteur de L'A26.