Mêlant analyse anthropologique et témoignage d´un homme qui a traversé le XXe siècle mais n´en continue pas moins, à 91 ans, à se passionner pour les « nouveaux commencements » qui annoncent le XXIe, G. Balandier a choisi les métamorphoses de la parole et de la communication comme grille d´interprétation pour décrypter le passage de la « fin des terroirs » (décrite à partir de son propre microcosme rural, entre Vosges et Franche-Comté), suivie de la fin des colonies (décrite à partir de son expérience africaine,), à la sorte de crise pubertaire des sociétés occidentales en 1968, qui marque les débuts d´une inflation de mots et d´une mobilité des significations. C´est l´avènement d´un âge marqué par des technologies à la puissance croissante, par la dématérialisation des relations et des choses, par le règne de l´immédiat. On a dès lors des pages magistrales sur cette société qui voit se déverser de tous côtés de l´inédit : mécanique du vivant, intelligence artificielle, écriture machinelle, fêtes fusionnelles, sites sociaux, triomphe de la transparence et de l´apparence, essor de la virtualisation, de la défiance et de la surveillance, substitution de la parole dite d´expert à la difficulté de savoir, apparition des cyber-révoltes (printemps arabe) contre les autocrates prédateurs, insurrection de la dignité, sentiment d´inefficacité des solutions vis-à-vis de la mondialisation, politique réduite à la gouvernance, émergence en force d´un Outre-Occident, etc.Quelle part de simulacres dans ces "nouvelles nouveautés" ? Rarement un regard aussi frais, cousin de celui d´Edgar Morin, n´avait été porté sur ce vieux monde.