Prélude à l'après-midi d'un chat Posé sur un coussin de velours cramoisi, Le chat aux yeux orange écoute calmement Les arpèges dédiés de Claude Debussy Faisant à sa moustache un léger tremblement.
À quoi bon ajouter sur le clavier docile Ses pattes en écho feutré de dissonances, Aux doigts mélomanes de Marie-Émeline ?
Déguster le prélude est si bon pour la transe.
À peine ronronnant, le félin magister Fixe la partition où, sur les lignes pures, Tant de souris, noires et blanches, queues en l'air, Font tourner dans le vent une clé sans serrure.
Qu'elles s'amusent donc... La robe chocolat Du chat qui se repose, est si belle à côté Des feuilles de musique, et cache un bonheur gras, Qu'il n'est pas nécessaire à la fin, de bouger.
Le piano romantique est ému d'une extrême Langueur, et gémit, las, par les sûres caresses Des mains onglées d'ivoire, et le chat, qui les aime, Sait leur soie musicienne aux soupirs de tendresse.