Proust porte un regard compassionnel sur la Première Guerre mondiale ; il souffre avec ses compatriotes, tout en refusant de condamner le peuple allemand au nom de la guerre. Or, souvre ici une voie qui navait pas été explorée : en lisant quotidiennement plusieurs journaux, il se découvre, sous la plume de chroniqueurs exceptionnellement brillants (Joseph Reinach, Henry Bidou et le colonel Feyler en Suisse), un vif attrait pour la stratégie militaire, la structure des batailles, le rôle du chef, les intentions cachées à déchiffrer, ainsi que ce qui intéresse le plus le romancier de la jalousie amoureuse : les mécanismes du mensonge. Les opinions de Saint-Loup, en matière de stratégie, mettent laccent sur les vrais sujets de controverse contemporains ; ils peuvent par là être eux-mêmes discutés. Le stratège et ses opérations militaires donnent à apercevoir dans le détail lécrivain installé au centre de son ½uvre, cependant que défilent devant nos yeux toutes les scènes et les débats de la Grande Guerre.