Que l½uvre de Marguerite Yourcenar occupe une situation dinsularité dans le paysage littéraire du XXe siècle, qui en douterait ? Voici une romancière ou une chroniqueuse qui a osé lérudition dans la genèse de tous ses projets, fréquentant à ce titre artistes et penseurs de toutes sphères culturelles. Sa langue même, surtout dans les années 1960-70, la met à distance du champ des recherches scripturales alors en plein essor. Pourtant, si lon conçoit ce qui légitime cette articulation du savoir et de la littérature, la cohésion dun tel ensemble est hautement lisible : Yourcenar a choisi de faire de ses ouvrages un espace daccueil de toutes les expressions du souci de soi. Dans cette mesure, elle ne fait pas fi des codes qui, sur laxe transhistorique, ont favorisé ce v½u délucidation dune subjectivité. Quant au «?moi?» yourcenarien, il se construit en croisant dautres parcours, dautres paroles sur soi-même, dautres tracés mémoriels, en les identifiant, en les réécrivant et en programmant jusquà leur effacement. Ce que notre xxie siècle est peut-être plus à même de concevoir