Libres après les abolitions ? La question peut surprendre. Les abolitions du XIXe siècle ont été toujours considérées comme une rupture majeure dans lhistoire des esclavages atlantiques. Lémergence contemporaine de revendications mémorielles, souvent impulsées par les descendants des populations autrefois esclavisées, suggère, au contraire, lexistence dun passé « qui ne passe pas ». Au-delà dune définition juridique, lesclavage a signifié dominations, violences extrêmes et déconsidérations multiformes. Après les abolitions, des processus ethnoculturels de racialisation comme les structures de travail ont perduré, voire se sont renforcés, et ont été complétés par dautres facteurs dexclusion socio-économique.
Cet ouvrage tente dexplorer les barrières dressées pour empêcher la totale émancipation des nouveaux libres et de leurs descendants, ainsi que les stratégies complexes dadaptation que ces derniers ont mises en oeuvre pour obtenir, sinon une assimilation, du moins une intégration économique et possiblement citoyenne, à égalité. La dizaine de contributions réunies sinscrit dans une perspective comparative et porte à la fois sur les Amériques et lAfrique, de la fin du XVIIIe au début du XXIe siècle. Elles sont issues dune réflexion qui a été menée dans le cadre du programme européen EURESCL-FP7 (Slave Trade, Slavery Abolitions and their Legacies in European Histories and Identities) coordonné par le Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages (CIRESC), laboratoire du CNRS. Louvrage fait suite à Sortir de lesclavage. Europe du Sud et Amériques (XIVe-XIXe siècle), précédent volume de cette collection.