Entre débats houleux, manifestations devant les salles de spectacles, interruptions de représentations ou demandes de déprogrammation, depuis une quinzaine dannées la vie théâtrale française est régulièrement émaillée de controverses sur le racisme. Toutes présentent un même scénario : des spectacles visant à dénoncer des injustices liées au racisme ou à lhistoire coloniale en viennent à susciter des réactions indignées qui font à leur tour lobjet dune indignation virulente. De quoi la multiplication de ces affaires est-elle le signe ? En quoi renseigne-t-elle sur des reconfigurations idéologiques en cours dans le champ théâtral et plus largement dans les champs médiatique, intellectuel et politique ? Au travers de contributions pluridisciplinaires, cet ouvrage documente le développement dun activisme antiraciste en terrain culturel et la mise en circulation de nouveaux critères dévaluation des ½uvres, qui excèdent le seul niveau esthétique et pluralisent les discours sur la responsabilité sociale des artistes et des institutions culturelles. Prenant à revers la panique morale autour de la « cancel culture », le livre étudie la configuration de ces controverses, leur structure argumentative et les concepts mobilisés (« blackface », « appropriation culturelle », etc.). Il explore leurs effets sur linstitution théâtrale, des débats sur la liberté de création à la promotion dune plus grande diversité des corps, des voix et des récits sur les scènes.
Maxime Cervulle est professeur en sciences de linformation et de la communication à luniversité Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il est notamment lauteur de louvrage Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias (Paris, Éditions Amsterdam, 2021).Bérénice Hamidi, professeure en études théâtrales à luniversité Lyon 2 et membre honoraire de lInstitut universitaire de France, est notamment lautrice de Les Cités du théâtre politique en France depuis 1989 (Montpellier, LEntretemps, 2013).