Comment suivre la déroutante pensée de Bonaventure ? Étienne Gilson y voyait à l½uvre une « logique de lanalogie », tandis que Hans Urs von Balthasar la présentait comme une « monadologie sans harmonie préétablie ». Dans les deux cas, cest lexpressionnisme du Docteur séraphique qui se trouve mis en valeur : les créatures représentent leur Créateur par tout leur être, et le Créateur lui-même exprime ses créatures. Mais cet expressionnisme universel et divin nest que la face visible dune structure dynamique et tripartite plus vaste que lon peut appeler, en sappuyant sur dimportantes déclarations de Bonaventure, une logique de la ressemblance. Outrepassant les bornes posées par saint Augustin et par Denys le pseudo-Aréopagite, Bonaventure a réuni sous le vocable de « ressemblance » toutes les entités « mineures », depuis les Frères du même nom jusquaux espèces sensibles, et de la plus humble créature jusquau Fils de Dieu. Dans ce dispositif paradoxal dont lhomme et le Christ occupent le centre en raison de leur humilité, cest la réconciliation du ciel et de la terre, de Dieu et du monde, de la théologie et de la métaphysique, que Bonaventure donne à voir.