Si lexclusion des indigènes de la participation politique dans le monde colonial est aujourdhui largement connue et expliquée, nous en savons par contre bien moins sur laccession des populations issues du peuplement des colonies au statut de citoyens, et dans quels contextes et conditions, ils ont su développer un sentiment dappartenance à lÉtat-nation, fût-il colonial. Cest cet angle-mort de la connaissance sur lépoque coloniale que cet ouvrage prétend éclairer.
Comprendre, à partir des deux cas exemplaires de colonies de peuplement françaises que furent lAlgérie et la Nouvelle-Calédonie, comment les Français dAlgérie et les Caldoches sont devenus citoyens. Pour cela, cette étude revient sur les classifications juridiques produites au sein de lÉtat colonisateur (ethniques ou confessionnelles) et réfléchit à leurs sens pour identifier les populations. Cette démarche implique de repenser la sociologie historique de la citoyenneté en contexte colonial. En effet, tandis quen métropole lapprentissage de la citoyenneté repose sur la promotion dune participation politique individuelle, libre, éclairée et coupée des solidarités locales, sur le terrain algérien ou néocalédonien, les Français citoyens accèdent à la participation politique par le biais de leur appartenance à des groupes particularisés, et en concurrence avec dautres dans des sociétés largement ethnicisées et/ou racialisées.
Dans ces conditions, si le projet des colonies de peuplement reste la dissolution de la question indigène, le passage à la modernité politique et à la citoyenneté électorale sy réalise loin de luniversalisme et de lindividualisme républicain valorisés en métropole. Lapport de ce livre est de mettre en exergue ces évolutions paradoxales de la « fabrique coloniale du citoyen » par rapport à celle de la métropole.