Toute une tradition sociologique de Georg Simmel à Richard Sennett, en passant par Robert Park, a insisté sur la vertu libératrice de la grande ville peuplée dindividus, où se retrouverait le triptyque modernité, anonymat et cosmopolitisme. Cette vision positive de la ville, perçue comme espace dindividualisation et de liberté, saccompagne dune conception supposée universelle de lanonymat comme forme dadaptation individuelle et de régulation sociale dans un environnement dense et hétérogène. À lheure où la condition urbaine est généralisée, cet ouvrage revient sur ces postulats en partant dune analyse ethnographique comparative des expériences des citadins. Il nous fait pénétrer dans les coulisses de la ville pour révéler le rôle des pratiques danonymat dans la définition des citadinités, traitant des frontières entre lintime, le privé et le public, ainsi que des contraintes de rôle et de statut, et des manières de les contourner par la recherche de lanonymat. La diversité des sociétés urbaines considérées, de Moscou à Abou Dhabi, en passant par Buenos Aires, Bogota, Pékin, Téhéran, Kinshasa, Beyrouth et Istanbul, permet denrichir lanalyse dune notion élaborée dans le contexte occidental. Ce recueil offre ainsi une large variété dexemples de la manière dont les pratiques danonymat configurent la vie sociale dans les villes et contribuent à créer des espaces de sociabilité où se conjuguent pratiques ludiques et transgressives, négociations des rapports de genre et jeux didentification. Il propose un premier état comparatif des régimes de visibilité et dinvisibilité en ville, qui nourrira pour longtemps la réflexion sur les liens entre sociétés urbaines et processus de subjectivation.