« Dans sa première publication en 1993, Albane Gellé écrivait quun homme lui avait "arraché la langue". Depuis, elle cherche, poète, à se donner une langue neuve, sa langue.
"Je me tais", répète-t-elle (dix fois dans "L'Air libre"), en précisant, à chaque fois, pourquoi : parce que quand jétais petite, un homme à côté de moi parlait parlait il me donnait envie de vomir ; parce que tout près ça parle bien je ne vois pas ce que je pourrais ajouter ; parce que quelquun parle fort il ny a plus de place ; par hasard ; par habitude ; et croyez-moi cest mieux comme ça ; parce que je suis fatiguée; par provocation (pas souvent) ; comme ça pour rien ; et alors. Jusquà la dernière page, porte qui claque sur un "Je ne me tais pas". Prise de parole (poème) intransitive.
On quitte ce livre un peu comme on sort de "Parle avec elle", le dernier film dAlmodovar : avec une sorte danxiété éblouie, de contrariété désirante qui ramène à la surface. Mène à lair libre, quasi malgré soi.»
« pouvoir être tout à tout souriante en larmes débordée bouleversée en miettes amoureuse casse-cou silencieuse terrifiée fatiguée en colère »