De la recherche médicale en Afrique, on ne connaît généralement que les affaires les plus scandaleuses. Les controverses qui en résultent réduisent souvent les débats scientifiques et éthiques à un combat entre David et Goliath, à limage du procès du géant américain Pfizer au Nigeria.
Une recherche anthropologique de deux ans dans le « village- laboratoire » de Niakhar, situé à 150 km de Dakar au Sénégal, nous montre que les enjeux de la recherche médicale en Afrique sont loin dêtre aussi tranchés. Les leviers du pouvoir se situent souvent à la frontière ténue entre recherche et développement, et les intermédiaires locaux sont généralement plus puissants quil ny paraît.
Dans cet espace de 200 km2, où sont coordonnés depuis les années 1960 des essais cliniques sur des pathologies endémiques, chercheurs, enquêteurs et sujets détudes (Français et Sénégalais) ont développé une éthique de terrain qui va au-delà de la signature du consentement des participants. Le « pouvoir de guérir » engendré par la présence déquipes médicales est progressivement devenu dans la région un « devoir de soigner », parallèlement aux études cliniques. Cet accord tacite, soutenu par les instances de recherche et les collectifs villageois, nest cependant pas exempt de dérives et de critiques.
En abordant la recherche médicale à Niakhar par le biais détudes de cas et dobservations concrètes, cet ouvrage intéressera aussi bien les anthropologues de la santé et de lAfrique que les professionnels médicaux et les membres des comités déthique.
Ashley Ouvrier est anthropologue à lUniversité Paris 7. Elle travaille sur la recherche médicale en Afrique depuis 2006. Ses derniers travaux se focalisent sur les traces et la mémoire de la science en Afrique de lOuest.