La sociologie durkheimienne vaut sans doute infiniment plus et mieux que sa vulgate. Le « positivisme » dont on la taxe ny joue le plus souvent que le rôle dun précieux garde-fou contre bien des dérives scientifiques, et le « holisme » dont on laccuse est toujours conjugué avec un individualisme qui, à y bien regarder, savère décisif dans les processus explicatifs. À rebours de certaines idées reçues, les textes réunis dans cet ouvrage présentent Durkheim comme un auteur à la pensée et à la démarche aussi complexes que mouvantes, un praticien responsable dune démarche « compréhensive » quil a toujours considérée comme indissociable de lexplication causale, ou encore un théoricien convaincu de la « déconstruction » dont se gargarisent certains de nos contemporains. Mais on y reconnaîtra aussi, en décalage sensible avec certaines des orientations les moins bien inspirées de la sociologie contemporaine, un théoricien de laction privilégiant létude des conduites des acteurs sur celle de leurs discours, toujours suspects de rationalisation, un analyste soucieux de lier étroitement les concepts et les faits, de subsumer les explications dans des systèmes théoriques plus larges, et encore un savant continuellement obsédé par la question de ladministration de la preuve.