Dans lAfrique actuelle, le risque nest plus seulement au coin de la case et du champ, dans les caprices du ciel, dans les épidémies renforcées par la pauvreté. Il sest diversifié, comme le montrent de nombreux exemples puisés dans les symboles dune certaine modernité. Les accidents de la route, selon la conférence FANAF (Dakar 2011), y causent le taux de mortalité le plus élevé du monde, 28 décès pour 100 000 habitants. Dans le domaine des pollutions chimiques, un document du PNUE daté de septembre 2012 estime que les coûts liés à des empoisonnements par des pesticides en Afrique subsaharienne excèdent désormais les aides au développement versées annuellement à cette région du monde pour la santé, notamment pour la prise en charge du sida. Les explosions de pipelines et de gazoducs (Nigeria), les empoisonnements par des boissons frelatées (Kenya) sont dautres événements significatifs.
En cela, létude des risques constitue un révélateur très pertinent des modes de fonctionnement et de dysfonctionnement des sociétés, en Afrique comme ailleurs. La question des acteurs, des moyens de la régulation et de la gouvernance politique y est souvent au premier plan. Les enjeux sociaux et économiques sont énormes, comme le montrent les contributions dans ce livre à propos des risques professionnels dans le monde du travail.
Cet ouvrage, qui fait le bilan du programme quadriennal (2007-2010) « risques en Afrique » de la Maison des Sciences de lHomme dAquitaine (MSHA), laisse une place importante au débat. De nombreux aspects restent en chantier et nécessiteront dautres investigations : la cartographie des risques, les indicateurs, la mondialisation des risques, les systèmes multirisques, etc. Appuyée sur des terrains étudiés par des chercheurs africains et extérieurs, cette réflexion nest quune étape qui permet de montrer quà partir du continent africain, on peut poser des questions concernant lensemble du monde.