Parfois vanté pour sa stabilité politique, incarnée par un président de la République en place depuis 1982, le Cameroun est pourtant secoué par de graves crises politiques, sociales et sécuritaires. Cet ouvrage propose de comprendre ensemble la ténacité de cet ordre politique et ses failles, en réexaminant ce qui a été la matrice de concepts désormais classiques de la sociologie politique : « lÉtat néo-patrimonial », « la politique du ventre », ou « la postcolonie ». En sappuyant sur la notion de loyauté, telle quelle est envisagée par les travaux dAlbert Hirschman, cette étude documente les pratiques ordinaires dengagement parfois contraint dans les institutions de pouvoir.
Voter, défiler, travailler dans des institutions dÉtat, se proclamer patriote : motivées par des intérêts de divers ordres, ces pratiques de loyauté sont revendiquées par les institutions comme autant de marques de légitimité de leur pouvoir. Or elles sont aussi vectrices dune transformation de ces institutions, et susceptibles de produire de la critique. À partir de nombreux entretiens et dobservations, ce livre rend compte des contraintes et des possibilités offertes à celles et ceux qui « restent » dans un espace politique même quand ils ne lapprouvent pas, et de lindétermination politique des pratiques sociales qui peut les faire basculer, assez vite, vers la défection ou la prise de parole. Il sappuie sur les outils forgés par les sociologies politiques comparées de la domination, des institutions et des mobilisations pour offrir une vision renouvelée de lÉtat au Cameroun.
Lautrice y apporte une contribution originale et située, prolongeant le « débat postcolonial » sur le Cameroun. Au-delà de lAfrique centrale, il sagit déclairer les ressorts sociaux des situations autoritaires, dont on constate aujourdhui quelles ne sont pas les résidus dun passé lointain, mais deviennent plutôt lordinaire des espaces politiques contemporains.