Lhistoire des concepts, bien ancrée dans le paysage récent des sciences humaines, est aussi un outil précieux pour létude des imbrications transnationales, notamment celle des liens entre lEurope et lAsie. Loin de considérer que la traduction aboutit à une déperdition du sens des textes ou des concepts qui structurent la réflexion historique dans les sciences humaines, on saccorde plutôt à penser en effet que leur circulation dune langue et surtout dun contexte culturel à lautre peut aboutir à un enrichissement de leur sens, à un déplacement créateur de nouveaux contenus sémantiques. Les réappropriations chinoise de textes littéraires ou philosophiques européens comme les réappropriations européennes d½uvres chinoises promettent de livrer de nouvelles interprétations. Bien des notions sont passées dAllemagne en France puis de France au Japon avant dêtre adoptées en Chine dune manière très transformée. Lhistoire intellectuelle chinoise est de façon générale jalonnée de grandes entreprises traductrices. Ces reformulations se situent pleinement dans la continuité de reformulations non moins créatrices de sens nouveau dans le contexte européen. Elles trouvent un évident parallèle dans la circulation dobjets porteurs de sens, notamment des objets dart.
Étudier les formes de réappropriations qui sopèrent entre lEurope et lAsie, entre la France et la Chine, cest poser les jalons dune philologie et dune histoire intellectuelle de lavenir, établir un cadre de débat entre les sciences humaines européennes et asiatiques autour des notions centrales essentielles à la compréhension de tout passage.