Charles Sorel est un auteur du XVIIe siècle, mais il na rien de classique. Cest un polygraphe qui survient comme un coin porté dans limage roide que suppose le simple terme de classicisme. Cet auteur, décalé et incongru au milieu des fastes glacés de la raison et de la clarté prétendument louis-quatorziennes, jouit à présent dune réelle notoriété reconquise sur le discrédit et les anathèmes faciles, parmi les spécialistes des lettres de lâge classique. Cest un juste retour dintérêt.
Les actes ici rassemblés participent de cette réévaluation, mais surtout ils sont de toute évidence fondateurs des études à venir sur lune des figures les plus originales et complexes du XVIIe siècle français. Charles Sorel a modulé des vérités difficiles à entendre dans le concert classique des Muses et des savoirs de son temps, au travers de tous les genres prosaïques. Il a réussi à faire percer cette leçon trop injustement enfouie quil y a une vraie raison à vouloir être toujours jeune, rieur, curieux et critique : cétait ce que lon appelait le libertinage érudit. Toutefois cette appellation un tantinet neutralisante de vraies et encombrantes audaces risquait de faire oublier combien lhistoire entendait endormir de telles enfances qui la condamneraient, si elles devaient dominer, à se penser autrement que comme un cénotaphe dautorités marmoréennes et écrasantes.