Enfants Placés, Enfances Perdues
Ce livre présente une quarantaine de récits parmi les 270 témoignages recueillis entre 2005 et 2008 auprès de personnes placées durant leur enfance.
En effet dans toute la Suisse, entre la fin du 19e siècle et les années 1970, des enfants ont été placés dans des familles d'accueil ou en institution. D'innombrables enfants orphelins ou de parents divorcés, mais aussi des enfants illégitimes et de milieux difficiles, ont souvent été enlevés par les autorités et placés de force, en général dans des fermes. D'autres ont été abandonnés par leurs parents tombés dans la misère et le désespoir. Pour une grande partie de ces enfants, c'était le rendement de leur travail qui comptait. Les autorités les plaçaient notamment chez des paysans, qui recevaient une indemnité d'entretien, mais les utilisaient comme main-d'oeuvre et les considéraient comme des domestiques.
Ce livre entend rendre justice à une minorité que l'histoire suisse a jusqu'ici largement ignorée et cachée. Il décrit surtout des destins individuels; mais ce livre est aussi une tentative d'aborder certains aspects thématiques récurrents dans le placement des enfants et les us et coutumes de l'époque en Suisse. Ce livre s'adresse ainsi aux victimes directes, à leurs descendants et aux autres personnes intéressées, mais il entend aussi dévoiler les lacunes des connaissances actuelles sur le placement des enfants.
Préface, Elizabeth Wenger Introduction, Marco Leuenberger Chapitre I Pauvreté et travail des enfants en Suisse, Marco Leuenberger Armin Stutz, 1927, Lucerne. « Et simplement toujours cette faim, cette faim » Christoph Grädel, 1938, Berne. « Comme la petite hirondelle, ils nous ont jetés hors du nid » Hans Unglück, 1931, Berne, Thurgovie. « Je devais donner mon salaire à la maison, c'était normal à l'époque » Werner Bieri, 1942, Berne. « Cela me poursuit encore aujourd'hui. Cela ne s'est plus jamais arrangé » Ernst Wessner, 1930, St-Gall. « À l'époque on était content d'avoir une bouche de moins à nourrir » Chapitre II L'école et l'apprentissage passaient pour négligeables, Liselotte Lüscher Elsa Schweizer-Dürrenberger, 1935, Bâle-Campagne, Soleure. « J'étais un enfant du péché » Emil Weber, 1934, Berne. « Ma mère n'a pas osé parler avec l'instituteur » Josef Anderhalden, 1932, Obwald, Soleure, St-Gall, Lucerne. « À l'école ils m'ont toujours mis tout seul au fond » Joseph Baumeler, 1923, Lucerne. « Mon patron a dit que j'étais là pour travailler, pas pour aller à l'école » Marie Bachmann-Pauli, 1930, Berne. « Je devais aller à l'école tout l'hiver avec les mêmes habits » Chapitre III Évolution légale du placement des enfants, Mirjam Häsler Alice Alder-Walliser, 1913, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Zurich. « Tous disaient que je devrais en faire un livre, mais je n'en ai pas envie » Doris Gasser, 1940, Schaffhouse, Thurgovien. « J'ai dû apprendre toute ma vie à avoir le droit de vivre » Ernst Fluri, 1946, Berne. « Il m'a traité de feignant et planté la fourche à fumier dans les fesses » Katharina Klodel, 1944, Bâle-Campagne. « Au fond ils étaient tristes à pleurer » Margaretha Hirzel, 1940, Berne, Zurich. « Partir loin de la maison et travailler là où il y a beaucoup de monde » Chapitre IV Enlèvements d'enfants et placement extra-familial, Katharina Moser Christian Röthlisberger, 1936, Berne. « Cela rabaisse de sentir que les autres se moquent toujours de toi » Elisabeth Götz, 1949, Thurgovie. « L'horreur, c'était d'être abandonnée comme ça » Martha Mosimann, 1930, Berne. « J'étais là juste pour travailler » Nelly Haueter, 1925, Berne. « Tu ne sais rien faire, tu n'es rien, tu ne seras jamais rien » Ruth Windler, 1926, Fribourg, Berne. « Je suis tombée de mal en pire » Chapitre V Déracinement, isolement et silence, Loretta Seglias Heidy Hartmann, 1938, Thurgovie, Nidwald, Zurich. « Cette mise à l'écart, sans autre contact physique que les coups » Marianne Lauser, 1934, Berne. « J'ai souvent réfléchi à comment je pourrais me supprimer » Werner Binggeli, 1932, Berne, Zurich. « L'étable à vaches était ma chambre de séjour » Alfred Ryter, 1940, Berne. « Cet ennui de la maison - personne ne nous entendait, personne ne prenait garde à nous » Hedwig Wittwer-Bühler, 1920, Berne. « J'ai eu une magnifique jeunesse » Chapitre VI Placés et humiliés - Les formes de la discrimination, Sabine Bitter Christine Hauser-Meier, 1938, Berne. « J'étais considérée comme paresseuse et bonne à rien. Quand on entend toujours ça, on finit par le croire » Elfie Stiefmaier-Vögeli, 1926, Zurich, Thurgovie, St-Gall. « Trimer comme un pauvre chien » Elmar Burri, 1935, Berne. « Il manquait la chaleur du foyer » Resi Eggenberger, 1943, Bâle-Campagne. « J'ai tellement haï ma mère » Roger Hostettler, 1952, Bâle-Campagne, Berne. « Je faisais toujours le travail subalterne » Chapitre VII Violence et abus de pouvoir, Ueli Mäder Barbara Roth, 1935, Berne. « C'était vraiment une période terrible » Max Schmid, 1932, Argovie « Le corps pourrait peut-être s'habituer aux coups, mais l'âme ne s'y habitue jamais » Walter Zürcher, 1928, Berne « Je ne me suis pas révolté, ça n'aurait servi à rien » Hans Crivelli, 1922, Zurich. « Je ne voudrais plus jamais revivre cela » Hugo Hersberger, 1935, Soleure. « Les heures à attendre qu'il rentre et me roue de coups. » Chapitre VIII Résistance, fuite et moments de bonheur, Loretta Seglias Ferdinand Tauscher, 1951, Berne. « Je n'ai pas eu beaucoup de temps libre, pendant deux ans » Herbert Rauch, 1927, Berne. « Ils m'ont pris pour gagner quelque chose, c'est tout » Johann Rindisbacher, 1938, Berne. « Quand je travaillais beaucoup, je prenais des coups, quand je ne travaillais pas, j'en prenais aussi » Martha Knopf, 1930, Berne « Ballottée de-ci de-là » Rosmarie Schmid, 1946, Berne « Je n'ai rien eu de ma vie » Chapitre IX Se souvenir et raconter - accès historiques et sociologiques aux interviews biographiques, Heiko Haumann et Ueli Mäder Conclusion, Loretta Seglias, Marco Leuenberger Le père de ma mère. Un épilogue de Franz Hohler