Conseils Au Roi
Figure capitale de l'Ancien Régime, Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794) incarne mieux que personne l'humanisme des Lumières, le modèle de l'intellectuel impliqué dans la vie politique et sociale de son époque. Président de la Cour des Aides, directeur de la Librairie, défenseur impartial des philosophes et des gens de lettres, protecteur de l'aventure Encyclopédique, il joignit son nom à ceux de De Sèze et Tronchet lors du procès du roi Louis XVI. Exécuté sous la Terreur, il compte parmi les grands martyrs de la Révolution. Lorsque le roi le rappelle au ministère, pour la seconde fois, au printemps 1787, la France est au bord de la banqueroute. Loménie de Brienne et Chrétien-François de Lamoignon, aux rênes de l'État depuis peu de temps, s'attèlent à réformer la législation et les finances d'un pays en crise, en proie aux émeutes et aux troubles sociaux. Malesherbes sait depuis longtemps déjà que la situation est grave : " Il n'est pas question d'apaiser une crise momentanée, mais d'éteindre une étincelle qui veut produire un grand incendie " ! Contraint au silence par le monarque qui lui refuse toute audience privée, opposé à la politique menée par les deux principaux ministres, le vieil homme compose un premier mémoire, relatif à la nécessaire diminution des dépenses, qu'il remet au souverain en juin 1787. Il restera lettre morte... En 1788, désespéré de jouer les Cassandre, il implore le droit de se retirer du ministère, mais on lui demande de postposer sa retraite au mois de septembre.
C'est alors qu'il entreprend la rédaction du Mémoire sur la situation présente des affaires en juillet 1788. Ce texte qui, selon Boissy d'Anglas, " doit être considéré comme le testament politique de l'homme d'Etat", est d'une importance considérable pour l'histoire de la Révolution française. Il resta longtemps introuvable, emporté avec d'autres papiers de Malesherbes par les membres du comité révolutionnaire. La perte est inestimable, se lamentait Dubois de Jancigny, ami intime du grand homme: "C'est une introduction toute faite à l'histoire de la révolution ", Malesherbes y expose " la véritable situation des choses et des personnes à l'époque du renversement qui nous a conduits à la république ". Le document existe pourtant, il appartient au fonds d'archives privées de la famille Le Peletier Rosanbo, interdites au public depuis près de cinquante ans. Aujourd'hui, le marquis Alain de Rosanbo autorise Valérie André (maître de recherches du FNRS et professeur à l'Université Libre de Bruxelles) à l'exhumer et à donner une édition critique de ce manuscrit inédit, accompagné du Mémoire relatif à la nécessaire diminution des dépenses et du mémoire justificatif sur les motifs de la retraite du ministre. On les trouvera rassemblés dans le présent ouvrage, assortis d'une introduction et d'un commentaire historique.