Nee Sous X
En France, les femmes ont la possibilité d'accoucher sous X, c'est-à-dire sans donner leur identité, et de confier leur enfant aux services sociaux en vue de son adoption.
Les motivations pour l'accouchement sous X sont diverses : impossibilité matérielle, psychologique ou sociale de s'occuper de l'enfant, absence de désir d'élever l'enfant, absence du père de l'enfant né hors mariage ou issu d'un viol - ce dernier cas dramatique étant ce lui de Karine.
Cette procédure remonte à 1941. Depuis cette date, une femme peut enfanter en conservant son anonymat, sans que quiconque ne puisse s'y opposer, même des années plus tard.
La France est le seul pays, avec le Luxembourg, à permettre l'accouchement sous X, interdisant à l'enfant l'accès à sa filiation biologique. Pourtant la France a ratifié la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, mais l'application de son article 7 relatif au droit de l'enfant de connaître ses parents n'est toujours pas possible.
Nombre d' associations militent donc pour que toute personne ait la droit de connaître son histoire Selon elles, il appartient à l'Etat de garantir l'exercice de ce droit Elles militent pour que soient supprimées du droit français la possibilité d'accoucher "sous X" et la possibilité de déclarer un enfant sans identité Le court, dense et poignant récit de Karine Corcos, enfant née sous X, illustre l'infinie détresse des " enfants de personne" à qui, à un moment de la vie, s'impose la nécessité de savoir qui ils sont et pourquoi ils ont été abandonnés. Pour se construire, on a besoin de connaître ses racines.
Karine Corcos raconte la souffrance, et le parcours du combattant qui en résulte pour savoir précisément d'où et surtout de qui elle vient, à la recherche de la pièce manquante de son puzzle intime. Elle raconte ses recherches longues, douloureuses, désespérantes pour arriver à savoir qui l' a mise au monde.
Elle n'existe administrativement et socialement qu'à travers un nom créé de toute pièce.
Et puis, quoi répondre au médecin qui lui demande :"Avez-vous des antécédents diabétiques ou autre ?" Un court récit intime en dit plus long que des thèses universitaires : Pourquoi est-il si important pour nous tous de savoir d'où l'on vient ? Que ressentons lorsque l'on est né sous X et que l'on s'apprête à donner la vie à son tour ? Comment les hommes et les femmes concernés vivent-ils ces recherches longues et difficiles ? Comment la naissance est-elle vécue par les mères qui accouchent sous X ?
Reste que la question est complexe : il s'agit d'une problématique très difficile à appréhender, car se mêlent des considérations autant juridiques, sociales, que psychologiques. Deux notions s'affrontent : d'un côté, le respect de la liberté d'une femme et, de l'autre, la revendication d'un enfant à connaître sa génitrice. Il y a donc conflit entre ce droit et celui accordé aux mères d'accoucher anonymement.
Ce récit, s'il pointe la souffrance d'un enfant, s'interroge aussi sur l'obsession de l'époque à vouloir lever tous les secrets et sur le terrorisme de la transparence. La vérité n'est pas toujours synonyme de réconciliation avec soi-même.
Seulement, au moment où l'on parle tant du droit à l'adoption, il n'est pas possible de taire la souffrance des enfants nés sous X laissés dans l'ignorance de leurs origines.