Un étrange cynisme règne sur l'époque. Dans la plupart des domaines - de la politique à
l'économie, des médias à la vie quotidienne - l'affaiblissement des croyances et convictions
collectives favorise un « chacun pour soi » qui ne s'embarrasse plus guère d'éthique, et encore
moins de morale. Annoncé dans les années 1980 par le philosophe allemand Peter Sloterdijk, le
cynisme paraît bien avoir, vingt ans plus tard, gagné la partie. Pire, il revendique pour lui-même
les attributs de la modernité. Il est dorénavant « branché » d'être cynique, alors même que celui
qui ne l'est pas est souvent désigné comme un doux rêveur, pour ne pas dire un imbécile.
Globalement, cette prévalence du cynisme est lourde de menace. Elle mine insidieusement cette
« civilisation des moeurs » théorisée jadis par le sociologue Norbert Elias. Elle désactive la
démocratie. Elle transforme en jungle le monde des affaires et en parcours périlleux la simple vie
en société.
Plutôt que de gloser abstraitement sur le concept de cynisme, Eric Dupin mène l'enquête sur les
différents terrains : la vie politique, le journalisme, le monde du spectacle, la publicité. Il illustre
son enquête d'exemples concrets et de péripéties ou déclarations révélatrices.