C'est un secret mal gardé qu'une poésie nouvelle s'élabore dans les souterrains de la ville depuis l'entour de l'an deux mille. On en parle à voix basse dans les cocktails de versificateurs officiels. La rumeur inquiète évoque une vague menaçante de jeunes poètes décrocheurs qui se réclament d'une esthétique à contre-pied de celle à laquelle les publications actuelles nous habituent. On murmure qu'ils se rencontrent, s'organisent et travaillent la langue dans leurs labos clandestins. On s'effraie au bruit qui court : cette insurrection appréhendée serait fondée sur la prosodie classique et la fréquentation de poètes français enterrés à Samoreau ou au cimetière marin !
Cette poésie existe, ceux qui la font aussi, et leurs visages vont se dévoiler à tour de rôle au fil des mois qui viennent, dans autant de maisons d'édition. Époque charnière, excitante et périlleuse pour ces voix qui jouent leur va-tout.