Faut-il expertiser les experts ? Cette question résume la place paradoxale de l'expertise et l'intérêt que lui portent les chercheurs en sociologie et en science politique. Pourtant, le décalage est important entre le succès de ce concept et les incertitudes liées à sa définition.
Illustré par de nombreux exemples concrets, ce livre éclaire l'évolution sémantique de l'expertise, la diversité des acteurs, ainsi que ses enjeux. Définie ici comme l'ensemble des savoirs mobilisés en vue de l'action, elle est appréhendée comme une pratique révélatrice des évolutions contemporaines de notre société et de l'action publique. Comment analyser l'essor d'un véritable marché de l'expertise qui révèle le fossé séparant les experts des profanes et suscite de nouvelles exigences démocratiques ? Peut-on évoquer une remise en cause du modèle technocratique de décision publique ?
C'est notamment à ces questions très actuelles que répond cet ouvrage en soulignant les ambiguïtés d'une vulgarisation de l'expertise dans une démocratie de marché réduisant les citoyens à des individus sommés d'être les entrepreneurs d'eux-mêmes.
Introduction.
À la croisée de la connaissance et de l'action.
L'essor de la sociologie de l'expertise.
Pour une sociologie politique de l'expertise.
I / L'expertise, enjeu de définitions.
La compétence.
Demande sociale et mandat.
L'inscription dans l'espace public.
Une finalité pratique.
Entre savoir et pouvoir : l'approche constructiviste.
II / La fin d'un modèle de rationalisation de l'action publique ?
L'affirmation de sciences d'État et de la réforme sociale.
La promotion d'experts d'État.
Le conseil.
La commande publique.
Diversification de l'expertise.
L'essor de centres alternatifs d'expertise - De nouvelles bureaucraties techniques ?
III / Affirmation du profane et redéfinition des savoirs experts.
L'expertise scientifique en question.
La promotion de savoirs profanes.
La compétence du profane - La mobilisation croissante des savoirs d'usage ou d'expérience - La professionnalisation des experts « amateurs » ?
« Intellectuel collectif » et coproduction des savoirs.
L'élargissement de la notion d'« expertise ».
IV / L'expertise en démocratie.
L'expertise, répertoire d'action collective.
Vers une nouvelle politique des savoirs ?
La promotion d'expertises autonomes - L'enjeu politique de la technoscience.
L'impératif délibératif : vers une démocratie technique ? - Procéduralisation de l'expertise et opacité.
La position intermédiaire de l'expert.
Un intellectuel spécifique.
V / Naissance d'un système normatif néolibéral.
Expertise et reconfiguration de l'action publique.
La « nouvelle gestion publique ».
Le management public contemporain - L'essor des experts privés dans la « gouvernance » publique.
L'expertise collective des think tanks.
L'appui des organisations internationales.
Les métamorphoses de l'expertise.
Recompositions contrastées de l'expertise - Des experts issus du sérail - Une expertisation du savoir ?
VI / Subjectivcation et responsabilisation des individus.
Les dynamiques de la « reconnaissance ».
L'État réflexif.
Les remises en causes néolibérales de l'État social - La diversification des acteurs et de l'expertise - Politiques et expertises de la sphère privée.
Un pouvoir sur soi.
L'expertise au service de la « gouvernance ».
Conclusion.
Repères bibliographiques.