La vie de René Char épouse son siècle.
Un siècle au cours duquel la poésie a connu une évolution paradoxale : son audience a constamment diminué; dans le même temps, la production poétique n'a pas sensiblement décru et ne le cède en rien à celle des siècles précédents. Comme quoi le tumulte et le chaos du monde moderne empêchent de bien entendre la poésie, mais ne parviennent pas à étouffer sa voix. Il faut donc croire qu'elle répond à une exigence humaine incoercible : une vérité que nul n'a proclamée avec plus de force et de conviction que René Char.
Char a toujours déclaré que la lecture d'un poème et sa remémoration sont sans commune mesure avec l'émotion produite en lui par "le toucher de cette foudre pythienne ", dont certaines présentations du Réel sont, il me semble, comme à dessin comblées " (Recherche de la hase et du sommet). Il n'a pas cessé depuis d'exalter cette émotion. Faire rêver : tel est le dessin que Char assigne à la poésie. Le rêve est pour lui ce qui manque le plus aux hommes d'aujourd'hui, vivant dans des sociétés adonnées au culte de l'utilitaire.
La poésie est, alors, "la vie future de l'homme requalifié " (Fureur et mystère). Voilà l'audacieux pari de René Char, le poète du XXe siècle.