Dès les années 60, Ernest Pignon-Ernest est le premier à utiliser le pochoir in situ, pour investir le monde réel avec des silhouettes dessinées ou peintes. De taille humaine, ces figures prennent place dans un lieu choisi pour son histoire, son esthétisme, son âme, et sitôt posées, font corps avec ce lieu qu'elles embrassent, devenant inséparables de leur support.
À l'origine de ces séries d'images, un choc : celui de l'impact humain des bombes d'Hiroshima et de Nagazaki. Comment représenter la mémoire des corps volatilisés ? La réponse se trouve dans les souvenirs enfouis et le potentiel symbolique d'un espace, révélés grâce au pouvoir évocateur de l'image. Puissantes, poétiques, et politiques, les images d'Ernest Pignon-Ernest subliment l'histoire et la mémoire par leur présence aussi indispensable qu'éphémère.
Dans cet Opus Délits, Jérôme Gulon navigue dans le temps et l'espace pour nous présenter en détails plusieurs séries de l'artiste : premières interventions extérieurs à Albion (1966), Rimbaud dans Paris (1978), La Commune (1971), le Caravage et Napples (1988 /1995), les cabines téléphoniques (1996), hommage à Mahmut Darwich à Ramallah (2009), etc.