« Vous m´avez manqué hier soir à la séance [...] et je n´ai cessé de fixer comme fasciné la place vide que l´on vous avait réservée. » Ainsi écrit Freud à Lou Andreas-Salomé, le 10 novembre 1912. Outre le fondateur de la psychanalyse, et avant lui, le philosophe Nietzsche ou le poète Rilke, Lou aura « fasciné» quelques-unes des plus grandes figures de son temps.
Enfant de Russie, Européenne dans l´âme, voyageuse au long cours, Lou Andreas-Salomé (1861-1937) fut tout à la fois muse, écrivain et psychanalyste, vivant de sa plume à une époque où cela ne se faisait pas. Auprès de Nietzsche, rencontré en 1882, dont elle est l´indispensable disciple, Lou prend son envol. Chroniqueuse littéraire, elle fréquente l´avant-garde parisienne, viennoise et munichoise, écrit ses premiers ouvrages. Mariée, elle vit sa vie comme elle l´entend jusqu´au jour où elle croise le chemin de Rainer Maria Rilke, en 1897. S´ouvrent alors trois années de passion absolue entre la femme écrivain déjà célèbre et le poète. Unis dans la tourmente des sentiments, ils partent en Russie, y croisent Tolstoï et Tourgueniev, éprouvent dans leur chair l´idéal paysan de retour à la terre, prisé alors par l´intelligentsia russe. Rilke y découvre une patrie, mais y perd Lou qui le quitte, lasse de son instabilité. La rencontre avec Freud en 1911 est la note finale, superbe, d´une vie consacrée au savoir qui s´achève par l´analyse.
On comprend mieux à la lecture de cette biographie passionnante, neuve et enrichie d´archives inédites le singulier destin de Lou Andreas-Salomé : femme sans être féministe, affranchie des contraintes conjugales et ouverte aux rencontres dans le seul souci de trouver par une quête intime le chemin qui mène à soi. En toute liberté.