Les crises qui, depuis 1990, ont périodiquement affecté l'économie mondiale n'ont jamais freiné l'expansion de l'industrie du luxe. En 2000, on estimait le marché à 90 milliards d'euros. Dix ans plus tard, ces chiffres ont presque doublé. Mieux, lorsqu'à l'industrie du luxe proprement dite (mode, beauté, joaillerie, etc.) on ajoute les oeuvres d'art, la décoration intérieure ou encore les jets privés, les estimations récentes évaluent le marché à 1 000 milliards d'euros.
Mais alors qu'entend-on désormais par « industrie du luxe » ? Quelles réalités nouvelles englobe-t-elle ? Car une inconnue s'ajoute à l'ensemble, qui échappe à l'industrie des objets, un domaine d'expériences tels que les vols autour de la Terre, les voyages et les restaurants de luxe, qu'on peine à assigner à un secteur plutôt qu'à un autre.
Dans la logique de sa thèse sur la vaporisation de l'art, avancée dans L'Art à l'état gazeux en 2003, Le Nouveau luxe.
Des objets aux expériences met en avant une esthétisation croissante de nombreux domaines de l'existence, qui vont du corps au design en passant par l'environnement urbain. Yves Michaud décèle un mouvement similaire pour les deux domaines de l'art et du luxe, ce dernier ayant désormais moins pour mission d'offrir des objets tout court que des objets qui produisent de l'expérience ou qui sont, eux-mêmes, une expérience.