" La question de l'identité et de l'identitaire; pour un individu ou un groupe, une nation ou un continent, se pose tout autrement quand les âmes se trouvent soustraites à la logique de ce que la langue arabe nomme le "souk" (pluriel de sâk, "pied", d'où sans doute dans notre bon français "marché"!). L'enjeu de cet ouvrage est de soutenir un juste paradoxe contre une idée reçue : jamais en islam un texte de fondation, de philosophie, de "théologie", s'il en est, jamais une théorie politique n'a associé foi et territoire, race et credo, "affaires du Ciel" et "affaires de la terre" pour parler comme le facétieux Henri IV de l'Edit de Nantes.
Du Vert Galant jusqu'à l'extrême s.o.s (sauvez nos âmes) de François Mitterrand choisissant de miser tout sur le versant gagnant du pari de Pascal par un office ultime à Notre-Dame, l'homme d'Etat européen a toujours menti en affirmant que le socle de sa modernité et de l'universalité des valeurs qu'il défend, exporte ou impose est dans la séparation du religieux et de l'espace citoyen.
Aussi s'il nous est demandé de citer un seul principe fondateur de l'islam, nous avançerions sans hésiter celui qui dénie à quiconque de disposer d'une âme, fût-elle la sienne propre, et nul notaire musulman, nul avoué, nul témoin n'authentifiera le pacte conclu entre Faust et Méphisto, pas plus que la transaction entre un pape d'avant Luther et le pauvre hère repentant en quête d'un salut livré sous le label de l'éternité. " Youssef Seddik