Le 6 février 1998 à 21h05 à Ajaccio, Claude Erignac, le Préfet de Corse, tombe en pleine rue de trois balles tirées à bout portant. C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un Préfet est assassiné dans l'exercice de ses fonctions. Le dernier à avoir connu un sort aussi tragique s'appelait Jean Moulin : c'était durant la Seconde Guerre mondiale. Cette tragédie a été jugée, commentée, et pourtant de nombreuses zones d'ombre subsistaient.
Trois semaines avant ce drame, un communiqué d'un groupe inconnu baptisé Sampiero prévient les autorités qu'une action est en préparation et qu'elle pourrait viser le Préfet : aucune mesure de protection ne sera prise : Claude Erignac est exécuté. Le commando a toujours revendiqué un acte politique et collectif sans pour autant révéler aux enquêteurs les circonstances précises qui ont conduit à cette exécution. L'enquête qui a permis leur arrestation n'a pas non plus livrée tous ses secrets. En effet, durant plus de dix ans, la compréhension de cette affaire a été en grande partie occultée par la cavale d'Yvan Colonna qui a monopolisé l'attention des médias. Et pour cause : le berger de Cargèse, fils de l'ancien député socialiste Jean-Hugues Colonna, a renoué durant 4 ans avec la figure historique du bandit corse échappant aux forces de l'ordre.
Pourtant, la clé de ce dossier, ce n'est pas Yvan Colonna qui la détient, mais le chef du commando, Alain Ferrandi, dont le parcours dans les arcanes tortueux du nationalisme insulaire va déboucher sur la tragédie du 6 février 1998. Incarcéré à la Centrale de Poissy, Alain Ferrandi a accepté pour la première fois de raconter tout ce qui a conduit à cet acte fou. Benoît Bertrand-Cadi raconte ici ce qui ne l'a jamais été en s'appuyant sur des témoignages exclusifs recueillis auprès des nationalistes corses, dans les coulisses des pouvoirs politiques et judiciaires, de la part de policiers participé aux arrestations et aux interrogatoires.