Les diverses expériences de Dieu convergent-elles ? A hauteur d'absolu ! Tel est le message de l'auteur du Prophète, qui entend dépasser les clivages religieux. L'étude d'un autre texte de Gibran, Le Poème et Dieu, examine la progression de la conscience religieuse de l'humanité. Une troisième partie replace le propos dans le cadre de la crise spirituelle que traversent certains chrétiens d'Orient, notamment de grands écrivains comme Rïhânî et Nu'ayama, émus par l'apparition d'une nouvelle religion, pacifique et intégrante, le bahâïsme, et cherchant un salut, qui dans une mystique de l'humanité, qui dans une expérience de l'Absolu en qui se rencontrent et se concilient les saints de toutes les confessions. Que Gibran fût un mystique, personne ne le conteste, mais qu'il ait été un mystique chrétien, comme l'avance Barbara Young, voilà qui ne va pas de soi. Il apparaît que notre auteur appelle de ses vūux, d'une part une religion supraconfessionnelle et métafanatique, et d'autre part, un Dieu immanent à l'humanité, voire à la nature. En Gibran confluent des influences innombrables : les grandes religions de l'Inde d'abord, la théosophie, la psychologie jungien, etc. Le souffle religieux qui l'animait visait ultimement la fraternité humaine.