L'ambivalence des oeuvres sacrées de Jean-Sébastien Bach (1702-1766) réside dans leur double statut à la fois théâtral et liturgique. Ainsi en est-il de La Passion selon Saint Matthieu. Lorsque fait irruption La Passion dans une salle de concert à Berlin en 1829, le seul plaisir que cette oeuvre procure, fait basculer la musique de Bach hors de la sphère liturgique. Une telle affirmation soulève de multiples questions d'ordre philosophique : ceux qui viennent écouter La Passion font-ils une communauté de fidèles ou une foule de spectateurs ? Cette étude de Thomas Dommange propose de montrer que si J.-S. Bach mêle les éléments du culte et ceux de l'opéra c'est pour remplir une fonction proprement métaphysique : celle de produire le corps glorieux de la théologie chrétienne.