Un fait divers défraya la chronique des terres de Beauce à la fin du XVIII e siècle et fut considérée comme la plus importante cause criminelle des tribunaux français : les chauffeurs d'Orgères, brigands organisés que l'échec économique et les « désordres » de la Révolution avaient jeté sur les routes. En Brumaire an VIII (octobre 1799), cette redoutable bande est arrêtée. 114 noms figurent sur la liste des accusés, hommes et femmes de toutes conditions, colporteurs, jardiniers, terrassiers, blanchisseuses, journaliers, cabaretiers, équarrisseurs, tonneliers, bouchers, militaires réformés et de nombreux sans profession, âgés de 18 à 69 ans, ayant commis des vols avec violence sur grand chemin, des vols avec escalade et effraction, assassinats, viols, tortures... Jugés à Chartres, 23 des bandits furent condamnés à mort le 26 floréal an VIII et exécutés quelques mois après. P. Leclair, un collaborateur à l'instruction du procès, écrit ce document très précis et le fait paraître avant les délibérations (en 1800). Y est décrite son organisation, analysé ses assassinats les plus frappants, montré les complicités.
L'ouvrage s'achève par un dictionnaire du langage des voleurs, les termes et les expressions : « je suis grinche » (« je suis voleuse »), « vieux bonique » (« bon homme ») et « je fais poisser » (« je fais mon métier »). Leurs exactions ont largement alimenté la mythologie de cette région. Maurice Genevoix sut s'en souvenir en composant son roman Beau François (1965) et avant lui, Louis Boussenard, avec La Bande des chauffeurs ou les Brigands d'Orgères.