«[...] Un des hommes chez qui une haute raison s'unit a une grande puissance d'imagination, et qui ont le plus heureusement interprété notre époque, c'est M. Henri de Latouche, et sa Fragoletta est un des livres qui réunissent au plus haut degré les conditions exigées dans une oeuvre de ce temps : c'est un roman historique complet...
Nulle histoire [...] ne donne l'idée de la révolution d'un pays comme ces scènes vivantes où l'élite de la population napolitaine se venge par d'innocentes comédies du despotisme dont elle s'est affranchie [...] La chute de notre directoire et nos moeurs au commencement du siècle ne sont pas retracées d'une manière moins pittoresque dans ce drame palpitant [...] Et maintenant [...] faites poser devant vous cet être inexprimable, qui n'a pas de sexe complet, et dans le coeur duquel luttent la timidité d'une femme et l'énergie d'un homme, qui aime la soeeur, est aimé du frère, et ne peut rien rendre ni à l'un ni à l'autre, voyez toutes les qualités de la femme rassemblées dans cette intéressante Eugénie, et toutes celles de l'homme dans ce noble d'Hauteville ; placez entre eux l'effrayant et gracieux Adriani, comme la transition de ces deux types, jetez sur ces deux figures de la passion à pleine main, torturez ces trois coeurs avec des combinaisons dont l'idée ne se rencontre nulle part. Puis, ne pouvant trouver de baume à ces indicibles souffrances, élevez le malheur à son comble, imaginez un dernier, un épouvantable sacrifice, épuisez enfin toutes vos facultés, et vous aurez créé un chef-d'oeuvre, vous aurez fait Fragoletta.
H. de Balzac