Gilles Marchal, qui nous a enchantés dans les années soixante et soixante-dix par la qualité de sa voix et de ses chansons, ajoute aujourd'hui une corde- non vocale, celle-là ! - à l'arc de son talent. D'une plume vive, acérée, impertinente, il nous conte l'Histoire de France. Oh ! certes, pas celle des thèses et de l'Académie, bien que son ouvrage témoigne, vous le verrez, d'une érudition certaine. Non, c'est plutôt en tant que docteur ès humour que Gilles se présente au lecteur et lui livre sa vision de la dernière dizaine de siècles écoulée. Toujours iconoclaste, parfois incrédule, sarcastique souvent, il nous invite à remonter le temps, à rendre visite à un certain nombre de personnages qu'il «croque'' à sa façon. C'est Rigaud et Vigée-Lebrun revus et corrigés par Raiser et Wolinski. On se régale tout au long de ce littéraire régicide où les rois ne sont pas les seuls à trinquer et où les fous ne s'appellent pas toujours Triboulet. Tout le monde en prend pour son grade, de Gilles de Rais à Rouget de l'Isle, et les sans-culottes peuvent aller se rhabiller !
Oui, mon cher Gilles, finalement, c'est rigolo, l'Histoire, surtout lorsqu'un chansonnier intemporel raille ses grandes figures avec tout l'irrespect qu'il leur doit. C'est rigolo, l'Histoire, lorsque, débarrassée de tout vernis sulpicien, elle accepte qu'on lui retire l'Epinal du pied. Alors, manants et nobles, montagnards et girondins, gens de gauche et de droite se réconcilient autour d'un bon verre de rire. Et on repense au mot de Coluche, candidat à la Présidence de la République : «Avec les autres, la France était coupée en deux. Avec moi, elle va être pliée en quatre.»