Depuis une vingtaine d´années, les discussions tantôt politiques, tantôt scientifiques autour du « modèle républicain français d´intégration » témoignent implicitement d´un malaise face à cette question, tout en les occultant dans la pratique. Finalement, ce qui pose problème aujourd´hui n´est pas tant le principe d´égalité des droits que la difficulté contemporaine à l´assurer dans la réalité. Crise économique, chômage, ségrégation urbaine associée à une répartition territoriale des inégalités sociales, ou encore la manière dont la xénophobie se banalise dans le discours politique sont quelques-uns des facteurs qui ont fait apparaître des pratiques et discours discriminatoires où « la culture d´origine » est souvent surinvestie et appréhendée de manière négative. Aussi la question de l´« ethnicité », réduite à sa dimension politique étatico-nationale, a-t-elle pour effet de limiter la compréhension des réalités quotidiennes associées aux situations hiérarchisées dans lesquelles se jouent des relations interethniques.
Plutôt que de s´intéresser aux prétendus « problèmes » que l´immigration pose, anthropologues, géographes, sociologues, mais aussi un juriste, une psycho-sociologue, un documentariste et un économiste ont choisi dans cet ouvrage d´interroger les enjeux auxquels ceux-ci renvoient. Au fond, il s´agit de considérer que la « différence » des populations nommées « immigrées », « deuxième génération », « gens du voyage » existe moins en tant que telle, qu´elle est le résultat de rapports sociaux qui sont sociologiquement et historiquement construits entre différents acteurs, inscrits dans des rapports sociaux à un moment donné.