Qu'est-ce que la violence ? Mais d'abord, de quoi est-elle le nom dans les usages qu'en propose la langue publique contemporaine ? Quels rôles jouent ces étranges personnages que sont « l'insécurité », le « délinquant » ou le « terroriste » ? Et comment se fait-il, par exemple, que l'on parle aujourd'hui de « souffrance au travail » là où toute une tradition parlait plutôt de « lutte des classes » ? Que se passe-t-il ? Qu'a-t-on gagné ou perdu là où des mots en éclipsent d'autres, ou bien lorsqu'ils glissent d'un sens à un autre ? Que mettons-nous donc dans le mot « violence » et du coup, que lui a-t-on enlevé ? C'est cette question que l'on souhaitait poser. Mais pour introduire schématiquement notre propos, on dira que le thème de la « violence » s'articule ici autour de trois choses nouées. Il y a, d'un côté, l'ordre des discours déterminant nos manières d'être, de voir et de penser. D'autre part, la logique de la souveraineté qui se réserve en droit le monopole de la violence1. Et enfin, l'effectivité des politiques d'émancipation qui bouleversent ces partages.
Ont participé à ce numéro : Alain Brossat, Oscarine Bosquet, Manuel Joseph, Enzo Traverso, Alain Badiou, Jean-Luc Moulène. Rédacteurs : Alexandre Costanzo, Daniel Costanzo, Philippe Roux.