Bernanos est d'abord chrétien. Tout ce qui le qualifie par ailleurs, il le dit à maintes reprises, est second et même secondaire au regard de cela. Sa parole ne suffirait pas à l'établir, car nombre de chrétiens aujourd'hui se disent tels dont on se demande ce que ce mot signifie pour eux et quel est le rapport entre ce qu'ils affirment croire et le Credo.
Que lui ne soit pas dans ce cas, bien des autorités l'attestent, et nous nous bornerons à évoquer l'ouvrage de Hans Urs von Balthasar Le chrétien Bernanos. Nous n'avons évidemment pas ici la prétention de rivaliser avec le grand théologien, ce n'est pas à l'aspect anthropologique et doctrinal de l'oeuvre de Bernanos que nous nous intéressons.
Nous souhaitons seulement regarder vivre dans la cité des hommes un chrétien qui a toujours estimé qu'il était de son devoir d'en être partie prenante, de son devoir de chrétien, justement, ou mieux qu'il y était appelé. Par la force des choses, nous serons amenés à interroger les écrits de combat plus souvent que les romans, ce qui ne signifie en rien que nous leur accordons plus de valeur mais que l'intention y est plus directement déchiffrable. Car c'est elle qui nous intéresse, et non les contenus des choix et des prises de position qui, comme tous les actes humains, comportent leur part de passion et d'aveuglement que nous ne chercherons pas à évaluer.