Repartir en Irak : pourquoi, à quoi bon, comment, pour y faire quoioe À l'heure où il est quasiment établi que les journalistes ne doivent plus se rendre dans ce pays dangereux pour y risquer de se faire kidnapper et de mettre en branle la machine d'Etat pour récupérer l'otage, Anne Nivat continue à s'y rendre régulièrement, à ses risques et périls, en minimisant les risques, justement.
À sa façon, elle se promène dans Bagdad, zone rouge, c'est-à-dire tout le territoire mésopotamien qui n'est pas situé dans la minuscule « zone verte » censée être un territoire moins dangereux car plus sécurisé par les forces américaines qui y tiennent leur quartier général militaire ainsi que leur ambassade dans le palais républicain de Saddam Hussein, le dictateur déchu ; elle promène son regard toujours curieux, jamais cynique, sur ces gens qui lui offrent l'hospitalité, lui font partager avec plaisir un moment de leur quotidien, tout simple, mais difficile à vivre car si loin de nos représentations occidentales sur la question.
Par deux fois en 1997, elle y a passé presque deux mois habillée comme une Irakienne pour ne pas se faire repérer, habitant chez les autochtones, se déplaçant comme le font les Irakiens, pour sentir elle-même le huis-clos pesant qui s'est abattu sur la capitale, l'angoissante impression de n'avoir plus rien à faire, sinon attendre, attendre avec une patience certaine que la journée se déroule, avant qu'une autre, la même ne commence le lendemain.